17 May 2026

Le charbon freine silencieusement la transition solaire

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Tired Earth

By The Editorial Board

Pendant des années, le solaire photovoltaïque a été présenté comme l’un des piliers de la transition énergétique mondiale. Mais une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature Sustainability révèle un paradoxe inquiétant : la pollution issue des centrales à charbon réduit directement les performances des panneaux solaires.

Pendant des années, le solaire photovoltaïque a été présenté comme l’un des piliers de la transition énergétique mondiale. Mais une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature Sustainability révèle un paradoxe inquiétant : la pollution issue des centrales à charbon réduit directement les performances des panneaux solaires.

En d’autres termes, les combustibles fossiles ne se contentent pas d’alimenter le réchauffement climatique. Ils affaiblissent aussi l’efficacité des technologies censées les remplacer.

Des chercheurs de l’Université d’Oxford et de University College London (UCL) ont analysé plus de 140 000 installations photovoltaïques à travers le monde grâce à des images satellites, des données atmosphériques et des modèles climatiques. Leur conclusion est frappante : en 2023, les aérosols présents dans l’air ont réduit la production mondiale d’électricité solaire de 5,8%.

Cela représente 111 térawattheures d’électricité perdus en une seule année — soit l’équivalent de la production de 18 centrales à charbon de taille moyenne.

Comment la pollution réduit-elle la production solaire ?

Le phénomène est relativement simple. Les centrales à charbon émettent d’immenses quantités de particules fines, appelées aérosols. Ces particules restent en suspension dans l’atmosphère et agissent comme un voile entre le soleil et les panneaux photovoltaïques.

Une partie de la lumière solaire est absorbée ou diffusée avant même d’atteindre les installations.

Mais l’impact ne s’arrête pas là.

Selon les chercheurs, cette pollution modifie aussi la formation des nuages, qui deviennent plus denses et réfléchissent davantage la lumière vers l’espace. À cela s’ajoute le phénomène de « soiling » : une fine couche de poussière et de suie se dépose sur les panneaux, diminuant encore leur rendement.

Résultat : même lorsque de nouvelles fermes solaires sont installées, une partie importante de leur potentiel énergétique est perdue à cause de la pollution atmosphérique.

La Chine, symbole du paradoxe énergétique

L’étude montre que la Chine concentre à elle seule plus de la moitié des pertes mondiales liées à ce phénomène.

Le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial d’énergie solaire, avec près de 793,5 TWh générés en 2023. Pourtant, c’est aussi là que les pertes sont les plus importantes : environ 7,7% de la production solaire chinoise serait réduite par les aérosols.

La raison est géographique autant qu’industrielle : dans de nombreuses régions, les fermes solaires ont été construites à proximité des centrales à charbon, parfois à seulement quelques dizaines de kilomètres.

Les chercheurs estiment qu’environ 29% des pertes observées en Chine proviennent directement des émissions des centrales à charbon.

Et en France ?

Le phénomène concerne également l’Europe.

Selon les données relayées par France Inter, environ 4% de la production solaire annuelle française serait perdue à cause de ces particules atmosphériques. En Espagne, les pertes atteindraient près de 8%.

Même dans des pays où le charbon recule progressivement, la pollution transfrontalière et les particules déjà présentes dans l’atmosphère continuent d’affecter les performances des installations photovoltaïques.

Une transition énergétique surestimée ?

L’étude soulève surtout une question rarement évoquée dans les débats publics : surestime-t-on l’efficacité réelle de la transition énergétique ?

Entre 2017 et 2023, les nouvelles installations solaires ont ajouté environ 246 TWh d’électricité par an à l’échelle mondiale. Mais dans le même temps, les pertes liées aux aérosols ont atteint 74 TWh annuels — soit près d’un tiers des gains apportés par les nouvelles capacités installées.

Pour les auteurs, ignorer cet effet revient à sous-estimer le véritable coût du charbon.

Comme le résume le professeur Myles Allen, spécialiste du climat à Oxford : le charbon paraît encore “bon marché” aujourd’hui parce que ses coûts réels restent invisibles — qu’il s’agisse des impacts sanitaires, climatiques ou désormais énergétiques.

Une pollution qui ralentit les solutions climatiques

Cette recherche rappelle une réalité souvent oubliée : les différentes crises environnementales sont profondément liées entre elles.

La pollution de l’air ne menace pas seulement la santé humaine. Elle affaiblit aussi les outils destinés à réduire les émissions de CO₂.

Autrement dit, continuer à investir dans le charbon tout en développant massivement le solaire revient, en partie, à freiner sa propre transition énergétique.

Et à mesure que les besoins mondiaux en électricité augmentent, cette contradiction pourrait devenir de plus en plus coûteuse.

Source : nature.com


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