Le verre d'eau que vous venez de servir à vos enfants est peut-être limpide. Il est peut-être frais. Mais selon un collectif de médecins libéraux, il pourrait aussi contenir un cocktail invisible de pesticides, de polluants éternels et de microplastiques. Et l'État, préviennent-ils, ne fait pas assez pour protéger vos robinets.
Ce lundi 1er juin, la conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé médecins libéraux (URPS-ML) a publié un avertissement sans ambages : la pollution chimique de l'eau potable en France constitue désormais une « menace systémique ». Une menace d'autant plus inquiétante qu'elle est, selon les médecins, « insuffisamment encadrée ».
Les chiffres donnent le vertige. Près de 19 millions de personnes — soit un Français sur trois — ont consommé au moins une fois en 2024 une eau déclarée non conforme par le ministère de la Santé. Ce n'est pas une fuite dans une usine isolée. C'est une réalité nationale.
Après le cadmium, l'eau du robinet
Ce n'est pas la première alerte de cette organisation. En 2025, les URPS-ML avaient déjà tiré la sonnette d'alarme sur la pollution au cadmium, un sujet qui a depuis pris une place importante dans le débat public. Aujourd'hui, les médecins élargissent leur viseur. L'eau potable, disent-ils, est contaminée sur trois fronts :
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Les pesticides – première source de pollution, issus de l'agriculture intensive qui lessive les nappes phréatiques.
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Les PFAS – ces « polluants éternels » qui ne se dégradent ni dans l'environnement ni dans le corps humain, et que l'on retrouve partout, des poêles antiadhésives aux mousses anti-incendie.
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Les microplastiques – des fragments invisibles, ingérés chaque jour, dont on commence seulement à mesurer les dégâts.
Les risques sanitaires, énumèrent les médecins, sont multiples : perturbation des systèmes hormonal, nerveux et immunitaire, développement de pathologies cardiaques et cancéreuses, troubles hormonaux et neurodégénératifs, sans oublier une baisse de la fertilité.
Une plainte et une lettre
Les URPS-ML ne sont pas seuls sur ce terrain. En avril dernier, deux ONG environnementales ont déposé une plainte contre l'État français, estimant que les mesures prises pour protéger l'eau des pollutions agricoles sont largement insuffisantes.
De leur côté, les médecins libéraux ont adressé une lettre au gouvernement. Leur message tient en quatre demandes :
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Élargir la liste des substances surveillées dans l'eau.
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Améliorer les systèmes de filtration dans les usines de traitement.
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Réduire à la source les rejets de PFAS et de plastiques.
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Favoriser le développement de l'agriculture biologique au détriment de l'agriculture intensive.
L'Assemblée s'empare du sujet... timidement
Fin mai, les députés ont voté un article obligeant les préfets à encadrer les pratiques agricoles à proximité des captages d'eau potable les plus pollués. Sur le papier, une avancée. Dans les faits, l'opposition de gauche a immédiatement dénoncé une mesure trop restrictive, estimant qu'elle exclut trop de captages potentiellement menacés.
« Un petit pansement sur une hémorragie », a résumé un élu interrogé par nos confrères.
Un risque difficile à évaluer, mais bien réel
Les scientifiques le reconnaissent : la présence d'un contaminant dans l'eau ne signifie pas nécessairement un danger immédiat. Le seuil de toxicité, la durée d'exposition, la concentration réelle – tout cela fait débat. Mais les médecins libéraux rappellent un principe simple : l'absence de certitude absolue ne justifie pas l'inaction.
« La pollution de l'eau potable constitue une menace systémique, aux conséquences sanitaires potentiellement considérables », répètent-ils.
Et maintenant ?
L'alerte est lancée. Les chiffres sont sur la table. Les plaintes se multiplient. Reste à savoir si le gouvernement, déjà sous pression sur le dossier des PFAS et des nitrates, va entendre l'appel des blouses blanches.
En attendant, 19 millions de Français continuent de boire, sans le savoir, une eau qui n'est pas conforme. Et les médecins, eux, continuent de soigner les conséquences d'une pollution que l'on aurait pu éviter.
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