08 Jun 2025

Interview de Jody Horcholle, adjoint au maire et conseiller communautaire

logo

Jody Horcholle

Français

1. Le gouvernement français promet des lois ambitieuses contre la pollution plastique, mais pourquoi les progrès concrets sont-ils si lents face à l’urgence de la crise ?

La Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), promulguée en février 2020, vise à éliminer progressivement les emballages plastiques à usage unique d'ici à 2040, en fixant des objectifs sur quatre périodes distinctes. Cependant, plusieurs rapports indiquent que certaines dispositions de cette loi ne sont pas pleinement appliquées, ce qui rend les progrès lents face à l'urgence de la situation. Plusieurs raisons expliquent cette lenteur : Pression industrielle : L'industrie exerce une forte influence, comme en témoigne le report de l'interdiction des emballages en polystyrène, initialement prévue pour 2025. Cette dépendance des industriels aux plastiques (qui existent sous diverses formes) exige des investissements considérables pour transformer leurs modes de production. Infrastructures de recyclage insuffisantes : Le manque de capacités de recyclage, comme cela a été le cas pour le polystyrène, freine l'application de certaines interdictions. Manque de contrôle et de sanctions : Une application laxiste des règles et l'absence de pénalités dissuasives peuvent permettre aux acteurs de ne pas respecter les objectifs. Manque de volonté politique : Un engagement politique insuffisant peut ralentir la mise en œuvre et le suivi des mesures prévues par la loi. Malgré ces défis, les avancées, bien que pouvant paraître modestes face à l’urgence pour l’environnement, sont tangibles.

2. Estimez-vous que le système de recyclage en France soit insuffisant ou inefficace ?

À partir de mon expérience d’élu local, je constate que les habitants trient de mieux en mieux leurs déchets. Le paradoxe, c’est que ce tri efficace rend parfois les déchets moins bien valorisés par la filière, car leur volume augmente. Les filières de recyclage, elles, se diversifient. De nouveaux contrats sont par exemple proposés entre éco-organismes et collectivités pour les articles de bricolage et de jardinage (ABJ), avec des objectifs de collecte fixés à l’horizon 2027. Parallèlement, des expérimentations sur le retour de la consigne sont en cours, et le nombre de ressourceries progresse nettement. Mais il reste plusieurs axes d’amélioration : seul un quart des plastiques est réellement recyclé. Les infrastructures ne sont pas à la hauteur et manquent encore de structuration. Surtout, la volonté politique pour accélérer la transition reste trop timide. La France avance, mais pas assez vite face à l’ampleur des défis environnementaux à relever.

3. Le traité mondial contre la pollution plastique, soutenu par la France, semble bloqué par des intérêts industriels. Comment le gouvernement justifie-t-il son manque de fermeté ?

Le traité mondial contre la pollution plastique, lancé par l’ONU en mars 2022, a pour objectif de créer un accord juridiquement contraignant à l’échelle mondiale pour lutter contre cette pollution. Une coalition de 67 pays, dont la France, défend une ligne ambitieuse, avec des objectifs clairs de réduction de la production de plastique. Cependant, plusieurs grands pays producteurs de pétrole s’opposent à toute limitation de la production, ce qui freine les négociations. Dans ce contexte, la France adopte une approche progressive : elle cherche à ménager des États influents comme la Chine, afin d’éviter un blocage des discussions. En parallèle, le gouvernement français tient à préserver la compétitivité de son industrie et préfère miser sur le recyclage plutôt que sur la réduction de la production. Il tente ainsi de trouver un équilibre entre les impératifs économiques et l’urgence environnementale.

4. Pour la Journée mondiale de l'environnement, le gouvernement communique beaucoup sur la lutte contre le plastique, mais pourquoi ses actions restent-elles si timides face à l'ampleur du problème ?

Communiquer est plus simple qu’agir  Le gouvernement valorise ses engagements dans la lutte contre le plastique, mais, dans les faits, les mesures prises restent limitées, peu contraignantes, et rarement assorties de contrôles efficaces. L’exécutif cherche aussi à préserver les intérêts des industriels, en évitant des décisions trop brutales qui pourraient entraîner des conséquences économiques ou sociales, notamment sur l’emploi. À cela s’ajoute un manque de volonté politique réelle. À l’approche des élections, l’idée d’imposer des contraintes trop fortes pourrait être mal accueillie par une partie de l’électorat.

5. Espérez-vous un traité mondial pour résoudre le problème de la pollution ?

Évidemment, oui ! Un traité mondial est indispensable. La France, à elle seule, ne peut pas résoudre tous les enjeux environnementaux : nous sommes 68 millions, dans un monde de plus de 8 milliards d’habitants. Nos efforts ne sont qu’une goutte d’eau, mais c’est justement la multiplication de ces gouttes qui peut former un océan. Cela dit, en tant que 7e puissance économique mondiale, la France a une responsabilité particulière. Elle peut et doit jouer un rôle moteur en impulsant une dynamique internationale ambitieuse pour l’environnement. La pollution plastique ne s’arrête pas aux frontières. Tous les États doivent s’engager dans ce traité. Et pour qu’il soit réellement efficace, il devra s’accompagner de mécanismes de contrôle solides et contraignants. Sinon, il risque de rester lettre morte. En attendant, il est du devoir de chaque pays d’agir, dès maintenant.


newsletter

The best of Tired Earth delivered to your inbox

Sign up for more inspiring photos, stories, and special offers from Tired Earth

By signing up for this email, you are agreeing to news, offers, and information from Tired Earth. Click here to visit our Privacy Policy.