Reconstruire Los Angeles après l'incendie : La négligence des communautés noires

logo

Thomas Durand

Près d’un an après les incendies dévastateurs qui ont ravagé certaines zones de Los Angeles, les habitants peinent encore à reconstruire leurs foyers. Si quelques quartiers commencent à voir de nouvelles maisons émerger des cendres, le processus reste lent et parsemé d’obstacles.

Près d’un an après les incendies dévastateurs qui ont ravagé certaines zones de Los Angeles, les habitants peinent encore à reconstruire leurs foyers. Si quelques quartiers commencent à voir de nouvelles maisons émerger des cendres, le processus reste lent et parsemé d’obstacles. Les résidents, particulièrement ceux des communautés afro-américaines, ne se contentent pas de reconstruire leurs maisons ; ils doivent également survivre à un système qui a longtemps ignoré leurs droits et leurs luttes.

Ted Koerner, propriétaire d’une société de sécurité de 67 ans, est l'un des rares à avoir réussi à reconstruire. Mais son chemin a été semé d'embûches. Il a dû avancer des centaines de milliers de dollars de sa poche en raison de retards dans les paiements des assurances. Cette pression financière a été encore aggravée par les tarifs imposés pendant l’ère Trump sur les matériaux de construction importés, ce qui a considérablement fait augmenter les coûts. De plus, les travailleurs immigrés, par crainte de rafles par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), hésitent à revenir sur les chantiers, retardant encore plus la reconstruction. Bien que certaines maisons se lèvent, le processus est extrêmement lent et le fardeau financier sur les habitants est lourd.

 

Vue aérienne d'Altadena prise le 29 décembre 2025, montrant l'ampleur des dégâts et les premiers signes de reconstruction un an après les incendies de forêt. © AFP

 

Gentrification et déplacement des communautés noires

Dans des quartiers comme Altadena, autrefois un refuge pour les familles afro-américaines de classe moyenne, la situation est particulièrement préoccupante. À mesure que la ville se remet des ravages des incendies, de nombreux résidents de longue date craignent d’être expulsés par la hausse des prix de l’immobilier et par un processus de gentrification galopant. Altadena, autrefois un creuset culturel, connaît une transformation radicale, les résidents les plus riches, principalement blancs, s'installant dans les quartiers. Ce changement a provoqué une inquiétude généralisée parmi les habitants, qui affichent des pancartes telles que "Altadena n’est pas à vendre !" et "Les maisons des Noirs comptent" pour protester contre le déplacement forcé.

Ellaird Bailey, un homme afro-américain de 77 ans qui a emménagé à Altadena en 1984, exprime ses préoccupations pour l'avenir : « Beaucoup de gens que nous connaissions depuis 20 ou 30 ans sont en train de partir, » dit-il. « C’est difficile d’imaginer à quoi cet endroit ressemblera dans le futur. » De nombreux résidents afro-américains luttent désormais avec la réalité de la perte de leurs maisons et de la communauté qu'ils ont contribué à bâtir. Pour eux, la reconstruction n’est pas seulement une question de rétablir des structures, mais de préserver leur place dans une ville qui semble effacer leur existence à grande vitesse.

 


Un an après, Ellaird Bailey observe le chantier de reconstruction de sa maison, détruite par un incendie en janvier 2025 à Altadena. © AFP

 

La lutte pour les droits des Noirs et l’égalité dans la reconstruction

Les difficultés financières rencontrées par les habitants afro-américains sont amplifiées par une inégalité systémique persistante. De nombreux Afro-Américains à Los Angeles étaient couverts par le programme de dernier recours de l’État, qui offrait une indemnisation insuffisante pour les coûts élevés de la reconstruction dans des quartiers privilégiés comme Altadena. Le résultat est une réalité douloureuse où beaucoup sont contraints de vendre leurs propriétés ou de partir. La souffrance émotionnelle liée à la perte de leurs maisons est encore aggravée par le fait que la communauté qu’ils ont lutté pour établir est en train d’être démantelée.

Le mouvement "Les Maisons des Noirs Comptent" (Black Homes Matter) est une réponse directe à cette injustice. Il exige que la ville prenne des mesures pour empêcher le déplacement des familles noires et garantir que leurs maisons et leurs droits soient protégés pendant le processus de reconstruction. Cette lutte dépasse la simple reconstruction physique ; elle s'attaque aux barrières systémiques qui ont longtemps affecté les communautés afro-américaines. Alors que Los Angeles continue de se reconstruire, il est essentiel que les voix des résidents noirs soient entendues et que leurs droits soient respectés.


newsletter

The best of Tired Earth delivered to your inbox

Sign up for more inspiring photos, stories, and special offers from Tired Earth

By signing up for this email, you are agreeing to news, offers, and information from Tired Earth. Click here to visit our Privacy Policy.