27 Apr 2026
Malec Paoli-Devictor
Analyste environnemental et journaliste
Une dixième année consécutive de hausse des dépenses militaires mondiales, atteignant un sommet historique en 2025 : Entre le financement d'une « économie de guerre » et le délaissement du climat lors des sommets diplomatiques, l'arbitrage budgétaire des grandes puissances semble désormais privilégier la souveraineté armée au détriment de la transition écologique.
Image générée par l'IA
Un record historique : 2 887 milliards de dollars pour l'armement
L'année 2025 a marqué un tournant sans précédent dans la course à l'armement. Selon les données relayées par Le Figaro, les dépenses militaires mondiales ont bondi pour atteindre le chiffre vertigineux de 2 887 milliards de dollars.
Cette progression, qui représente la plus forte hausse annuelle depuis 2009, est portée par un contexte géopolitique instable. Comme le souligne 20 Minutes, cette dynamique est alimentée par « l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les tensions croissantes en Asie orientale ».
Les moteurs de la hausse : Europe et Asie en première ligne
Le réarmement est particulièrement spectaculaire sur le continent européen. Le Monde précise que les pays d'Europe ont enregistré les augmentations les plus massives, cherchant à renforcer leurs capacités de défense face à la menace russe.
États-Unis : Restent en tête avec 961 milliards de dollars (33 % du total mondial).
Chine : Deuxième budget mondial, avec une hausse estimée à 6 %.
France : Se classe au 9e rang mondial avec 63,5 milliards de dollars, mais se voit distancée par ses voisins européens. BFM TV note que l'Allemagne (7e) et le Royaume-Uni (6e) ont désormais des budgets nettement supérieurs, dépassant chacun les 80 milliards de dollars.
La finance durable au service de la "Souveraineté"
Ce basculement des capitaux ne concerne pas uniquement les budgets d'État. Le secteur financier opère lui aussi une mue sémantique et stratégique. Selon une analyse des Échos, la finance durable, initialement centrée sur les critères environnementaux (ESG), intègre désormais la notion de souveraineté.
Sous la pression des gouvernements, les investissements dans l'industrie de défense sont de plus en plus perçus comme "sociaux" ou "éthiques" car garantissant la sécurité des démocraties. Ce glissement fait craindre une raréfaction des capitaux disponibles pour les projets de décarbonation, la priorité étant désormais donnée à l'indépendance militaire et énergétique immédiate.
Les 15 pays ayant les dépenses militaires les plus élevées : En dollars, pour 2025 (BFMTV, SIPRI)
Le climat : grand perdant des arbitrages diplomatiques
Pendant que les arsenaux se remplissent, l'ambition climatique s'étiole sur la scène internationale. Un signal alarmant est venu du dernier G7 : Euractiv révèle que les questions environnementales ont été « écartées de l'ordre du jour » pour éviter de froisser les États-Unis et privilégier les discussions sur la sécurité collective et le commerce.
Un besoin de financement pourtant crucial
Cette mise au second plan intervient alors que les besoins pour la transition n'ont jamais été aussi pressants. Le Réseau Action Climat rappelle qu'il est impératif de « financer une transition écologique juste » pour éviter un accroissement des inégalités. Ce dernier estime que sans une redirection massive des flux, les objectifs seront inatteignables.
Conclusion : Un déséquilibre périlleux
Le contraste est saisissant : d'un côté, une capacité de mobilisation financière quasi illimitée pour l'armement (plus de 2 800 milliards de dollars) ; de l'autre, des négociations climatiques qui butent sur quelques dizaines de milliards pour le fonds de compensation des pertes et dommages. En 2026, la "sécurité" semble s'écrire par les armes, occultant le fait que l'instabilité climatique pourrait devenir, à terme, la première menace pour la paix mondiale.
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